Fermez les yeux et imaginez un type d’aménagement urbain qui menace l’habitat faunique. Ce que vous voyez, c’est probablement beaucoup de béton et d’acier. Mais comme le démontrent plusieurs projets de gérance de l’environnement en C-B, les matériaux mêmes qui mettent l’environnement naturel en danger peuvent aussi être utilisés pour soutenir le saumon sauvage.

Dans le village de Langley, une série de ponceaux et de passages infranchissables près de la Route 1, avait depuis longtemps empêché les saumons sauvages de remonter le ruisseau Yorkson pour retourner à leur frayère. À cause d’émissaires d’évacuation érodés, d’un manque de lieux de repos (ou déflecteurs) et d’une pression d’eau intense, les saumons étaient dans l’impossibilité de terminer leur voyage.

Grâce à un groupe de bénévoles, d’ingénieurs et de fabricants deux de ces vieux ponceaux ont été remplacés récemment par des ponceaux à dalot de béton préfabriqué de 12 par 7 pieds. Des déflecteurs en béton qui ressemblent aux barreaux d’une échelle furent aussi ajoutés au lit du nouveau ponceau donnant ainsi aux saumons des lieux de repos bien mérités.

Ce projet nécessita la collaboration d’ingénieurs, de designers et d’experts en hydrographie. Le résultat, c’est que les saumons peuvent désormais voyager en toute sécurité sous une route très fréquentée sans être exposés à des prédateurs, à des chiens sans laisse ou à des dangers urbains – et maintenant c’est exactement ce que font un nombre croissant de saumons coho dans le ruisseau Yorkson.

La lumière au bout du ponceau

L’utilisation de béton pour couler des déflecteurs et des passes à poisson est « un concept dont les ingénieurs prennent de plus en plus conscience quand ils travaillent dans un habitat vulnérable, » déclare Joel Shimozawa, ingénieur en marketing technique pour le Langley Concrete Group à Chilliwack qui a installé les nouveaux ponceaux. « C’est aussi un matériau de construction qui va durer longtemps. »

Selon Natal Cicuto, président de la Yorkson Watershed  Enhancement Society et qui, d’après lui, « murmure à l’oreille des poissons », les déflecteurs créent des bassins et des nids naturels au milieu du lit de graviers. Si on ajoute de l’eau de qualité d’une profondeur suffisante, une pente de 1 à 3 pour cent et une bonne couche de graviers, on a les trois principaux critères requis pour assurer la migration et la ponte des saumons.

« Dans la nature, les saumons peuvent se cacher sous les arbres, les rondins et les rochers, » dit N. Cicuto. Les ponceaux et les déflecteurs d’origine anthropique (et sans danger pour le saumon) imitent ces structures naturelles.

Lorsque le béton est trop coûteux ou que le ponceau est en bon état, l’acier peut aussi créer un meilleur passage pour le saumon – même s’il s’agit d’une solution temporaire. Sous la route de Dollarton à North Vancouver, par exemple, les gardiens de cours d’eau ont récemment travaillé avec des ingénieurs et des parties prenantes pour installer des déflecteurs en acier inoxydable faits sur mesure qui sont adaptés à des ponceaux ondulés. Ce système reproduit une série de bassins d’eau douce qui tombent en cascade où les saumons passent naturellement. Même si ce n’est pas un estuaire bordé d’arbres, des matériaux comme le béton et l’acier peuvent être adaptés à la vie sauvage et donner au saumon sauvage une meilleure chance dans un environnement urbain.