Les Sḵwx̱wú7mesh (Squamish), par exemple, partagent une histoire édifiante sur ce qui arrive quand on ne montre pas au don du saumon le respect qui lui est dû. Grâce au centre culturel Squamish Lil’wat qui nous a autorisés à publier cette histoire ici-même… vous pouvez lire ce qui se passe à la fête du saumon.

Le message de cette histoire – que le saumon doit être traité avec respect – fut mis à l’épreuve par un éboulement dans la rivière Seymour en décembre 2014. À cause de cet éboulement, environ 90% des saumons Coho qui empruntaient cette rivière furent dans l’impossibilité de passer. Sans pouvoir atteindre leur frayère, les stocks de saumons de la rivière Seymour seraient voués à disparaître.

En y repensant, Chris Lewis, conseiller de la nation des Squamish, voit ce qui est arrivé ensuite comme étant une manifestation du pouvoir qu’a le saumon de rassembler les gens.

La Seymour Salmonid Society gère l’écloserie de la rivière Seymour et surveille constamment la santé des migrations de saumons dans les environs. Après l’éboulement, la société sonna l’alarme rapidement. On ne tarda pas à réaliser l’ampleur du problème : il faudrait des années, non pas des mois, pour enlever les rochers et les saumons n’avaient pas le temps d’attendre.

Les saumons adultes ne pouvaient pas retourner à leur frayère et les jeunes saumons en route vers l’océan étaient bloqués – 50 000 mètres cubes de gravats interrompaient le cycle de vie des saumons de la rivière Seymour.

La société s’occupa de convoquer une table ronde à laquelle se joindraient les gouvernements municipal, provincial et fédéral ainsi que les nations des Squamish et des Tsleil-waututh. C’était en fait la première fois que tous ces groupes se rencontraient pour parler du saumon. Lors de cette rencontre, ils réussirent à se mettre d’accord sur un plan de restauration. La prochaine étape était de recueillir des fonds – mais il restait toujours le problème immédiat des saumons qui se trouvaient dans la rivière.

L’été passé, la Seymour Salmonid Society et la nation des Squamish formèrent un partenariat pour bâtir un barrage en aluminium pour les poissons. L’idée était de rediriger les saumons retournant à leur frayère dans un bassin de captage où ils seraient pris, puis transportés dans des camions d’eau au-dessus de l’éboulement.

Tout se passa bien – en fait un peu trop bien. Les partenaires se rendirent compte qu’ils avaient maintenant un autre problème sur les bras – les loutres et les gens désireux de profiter d’une pêche facile. Après la mise en place de mesures destinées à prévenir d’autres incidents de pêche non autorisée – Chris Lewis pense que cette année la société est prête à aider les saumons à passer par-dessus l’éboulement pour continuer leur voyage vers leur lieu de ponte.

Histoire reproduite avec l’aimable autorisation de :

« Il y a bien longtemps, pour les Squamish, le saumon était une créature surnaturelle. C’est ce que reflètent les histoires maintes fois racontées qui nous enseignent que l’on doit traiter le saumon avec respect parce qu’il nous a été offert par le Peuple du Saumon.

D’après cette histoire, les Xays (« transformateurs ») qui voyageaient de par le monde et transformaient les gens en animaux ou en montagnes, furent invités à une fête organisée par le chef du Peuple du Saumon. Le chef envoya deux jeunes gens dans l’eau où ils furent transformés en saumons pour la fête à condition que chaque arête de saumon, sans exception, soit retournée dans l’eau.

Mais l’histoire dit que l’un des Xays garda exprès une arête ce qui causa la déformation de l’un des jeunes gens revenant de la rivière. Le chef se vengea en tuant le Xay et les goélands lui arrachèrent les yeux. Le Xay fut ramené à la vie par son frère ; il fut obligé d’essayer plusieurs yeux de saumon pour remplacer les siens et les meilleurs furent ceux du saumon rose.

L’histoire se termine avec les Xays repentants qui essaient de convaincre le chef de faire la paix avec eux. Le chef consent à envoyer les membres de sa tribu par cycles, le saumon rose seulement une année sur deux, à condition que toutes les arêtes du premier saumon pris pendant chaque saison de pêche soient retournées dans l’eau. »